intelligence is up to date

L'armée selon Sarkozy
Frédéric Pons, le 20-06-2008

Réduction des effectifs et des armements. Priorité au renseignement et à l'opérationnel.
Réintégration de l'Otan et européanisation Un aggiornamento sur fond d'austérité.

Je tranche et j'assume. Nicolas Sarkozy l'a redit plusieurs fois cette
semaine devant les militaires, soucieux de les rassurer à la veille d'une
nouvelle réforme de grande ampleur. Il sait qu'une sourde inquiétude mine
les armées.Le traumatisme redouté l'a déjà conduit à envoyer une lettre
personnelle, le 30 mai, à l'ensemble des 320 000 militaires et civils de la
Défense. Il y expliquait « la démarche de modernisation entreprise », à
partir du livre blanc et de la RGPP (révision générale des politiques
publiques), appelant chacun à ses responsabilités : « Je sais le sens de l'intérêt
général et la discipline intellectuelle qui vous animent. Vous avez toute ma
confiance. J'ai la certitude qu'ensemble, nous saurons relever ce nouveau
défi. »


Ce mardi 17 juin, devant les 3 000 militaires réunis à la porte de
Versailles, il a détaillé « les grandes décisions prises pour la stratégie
de défense et de sécurité nationale pour les quinze ans à venir ». Cette
"armée modèle Sarkozy"sera articulée autour de cinq grandes fonctions
stratégiques : le renseignement ("connaissance et anticipation"), « notre
première ligne de défense » ; la prévention des conflits « sur un axe
prioritaire », de l'Atlantique à l'océan Indien ; la dissuasion, « fondement
essentiel de la stratégie nationale » ; la protection de la population ; l'intervention
dans le monde.

À cette logique stratégique évidente, conséquence de la fin de la guerre
froide, s'ajoutent des impératifs budgétaires, au moins aussi importants,
même si l'état-major et l'Élysée s'en défendent.L'état critique des finances
publiques obligeait à faire des économies, donc à réduire les ambitions
militaires. « C'est exactement l'inverse, tentait de corriger Nicolas
Sarkozy le 17 juin : ce sont précisément les économies qui permettront de
réaliser les ambitions militaires. »

Des mesures radicales préparent ces économies : la mutualisation accélérée
des fonctions administratives et logistiques qui représentent 60 % des
effectifs actuels, contre 40% pour l'opérationnel (« à l'opposé exact de la
Grande-Bretagne », souligne l'Élysée) ; la baisse drastique des effectifs
(54 000 hommes de moins sur six ou sept ans) et des garnisons (une
cinquantaine de villes seront affectées) ; le report de la décision de
construction du second porteavions (3,5 milliards d'euros) vers 2012 ; la
réduction de la panoplie (chars, avions, bateaux).

Pour faire bonne mesure, Nicolas Sarkozy a introduit des "choix vertueux"
censés mobiliser les bonnes volontés. Le nouveau système de défense s'appuiera
davantage sur l'Europe et sur l'Otan. Le chef de l'État insiste beaucoup sur
cette complémentarité, au risque de faire croire que l'Union européenne et l'Alliance
pourraient pallier quelques-uns de nos renoncements budgétaires et
opérationnels.

L'ambition européenne affichée par le livre blanc est une priorité, « quel
que soit l'avenir du traité de Lisbonne », après le non irlandais.Nicolas
Sarkozy veut « faire de l'Union européenne un acteur majeur de la gestion
des crises », pour « porter un idéal de paix et de liberté ». Il a « la
conviction intime » que l'Europe peut incarner cet idéal. On en est encore
loin. Rares sont les partenaires qui partagent cette belle ambition
française ou qui sont prêts à investir davantage dans leur effort de
défense.

Le chef de l'État souhaite aussi revenir officiellement au sein de la
structure militaire intégrée de l'Otan : « Une France qui reprendrait toute
sa place dans l'Otan, ce serait une Alliance qui ferait plus de place à l'Europe
». Des garde-fous borderont ce retour : la France gardera « une liberté d'appréciation
totale » sur l'envoi de ses troupes en opération, aucun contingent français
ne sera aux ordres de l'Otan en temps de paix et la dissuasion nucléaire
restera strictement nationale. « Les principes posés en son temps par le
général de Gaulle, je les fais miens », dit Sarkozy pour rassurer une partie
de l'opinion publique, déjà inquiète de ce retour complet au sein de l'Otan,
quarantedeux ans après la décision de retrait du général de Gaulle.

Les grandes lignes du "séisme" dans les forces ont déjà été données dans
notre numéro du 30 mai. Tous les formats vont donc rétrécir, à une exception
près : le renseignement,"fil rouge" du livre blanc. Il le fallait. La France
n'était plus vraiment au niveau, comparée à l'Allemagne et au Royaume-Uni.
Pour la première fois depuis longtemps, cette fonction va bénéficier « d'une
réflexion d'ensemble, systématique et à long terme ».

Les services intérieurs (DCRI, Direction centrale du renseignement
intérieur, issue de la fusion des RG et de la DST) et extérieurs (DGSE,
Direction générale de la sécurité extérieure) seront réorganisés, leur
pilotage rénové autour d'un Conseil national du renseignement et d'un
coordonnateur national du renseignement, « point d'entrée des services
auprès du chef de l'État ». Ce mardi 17 juin, après son discours à la porte
de Versailles,Nicolas Sarkozy marquait symboliquement son ambition dans ce
domaine en visitant la base aérienne 110 de Creil (Oise), saint des saints
de la Direction du renseignement militaire : « L'espace bénéficiera du
doublement de ses crédits annuels d'ici à 2020 », promet le livre blanc.

Le nouveau format des armées correspond aux "contrats opérationnels" définis
par le politique, mais contraints par les rudes restrictions budgétaires. L'armée
de l'air subit la plus grosse déflation : en baisse de 24 %,elle ne comptera
plus que 50 000 aviateurs. L'armée de terre alignera 130 600 hommes (- 17%)
et la marine 44 100 marins (- 11%). « Je sais que c'est une baisse
substantielle des effectifs, je l'assume », disait Nicolas Sarkozy le 17
juin.

La "force opérationnelle terrestre"de la France sera réduite à 88 000
soldats. Elle pourra presque « tenir dans le Stade de France », selon l'image
osée, mais juste, du général Thomann (notre numéro du 30 mai) ; 30 000
seront projetables pour six mois,5 000 autres placés en réserve et 10 000
seront mobilisables sur le territoire national en cas de crise majeure. La
marine n'alignera qu'un seul groupe aéronaval autour du Charles-de-Gaulle,
18 frégates et 6 sous-marins nucléaires d'attaque. La France aura un "parc
unique" (air et marine) de 300 avions de combat, dont 70 projetables en
opérations.

Nicolas Sarkozy assure que les économies réalisées seront réinvesties au
profit de la condition du personnel militaire et des équipements : « Je m'engage
à consacrer 377 milliards d'euros d'ici à 2020 à nos armées. Les réformes
que j'ai confiées à Hervé Morin, c'est 3 milliards d'euros de plus par an
pour l'équipement des forces. C'est quelque chose, quand même, 3 milliards
par an. Ce n'est pas du luxe ! »

Le chef de l'État se porte garant du maintien de l'effort de défense à 2% de
la richesse nationale en 2020 (ce qui traduira tout de même une baisse
globale réelle par rapport aux 2,3% du PIB en 2007). Jusqu'en 2010, les
ressources annuelles seront maintenues en volume, au rythme de l'inflation.
Après 2012, le budget devra être accru de 1 % en plus de l'inflation. La
promesse est aléatoire. Ce 17 juin, Nicolas Sarkozy s'est nettement engagé :
«Qu'on m'entende bien. Le budget de la Défense ne baissera pas, l'inflation
sera compensée et le budget progressera dès 2012. Donc pendant mon mandat. »
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# Posté le samedi 21 juin 2008 06:05

cure de minceur = cure de jouvence ?

Défense - Cure de minceur pour les armées
Une révision majeure des forces armées : économies, réductions d'effectifs,
redéploiement... c'est la grande lessive.
Jean Guisnel

En présentant, ce mardi, le Livre blanc de la défense et de la sécurité
intérieure à 3 000 personnels des ministères de la Défense et de l'Intérieur
réunis à Paris, Nicolas Sarkozy n'a pas mis fin à l'inquiétude qui, depuis
des mois, avait saisi les armées à la perspective de dizaines de milliers de
suppressions de postes. D'ici à 2014 ou 2015, 54 000 postes budgétaires
seront supprimés. C'est plus de 15 % des effectifs. Mais on explique à
l'Elysée qu'il ne s'agit pas d'affaiblir les capacités : « Nos armées
consacrent 60 % de leurs effectifs au soutien des forces, quand ce chiffre
n'est que de 40 % en Grande-Bretagne. C'est notre objectif. » A terme,
l'armée de terre sera passée de 144 000 hommes aujourd'hui à 130 000 (-17 %)
; l'armée de l'air de 64 000 à 50 000 (-24 %). Et la marine nationale de 53
000 à 44 100 (-11 %). De plus, deux corps techniques du ministère de la
Défense, la Délégation générale pour l'armement et le Secrétariat général
pour l'administration, perdront 7 500 personnels. « Je sais que c'est une
baisse substantielle des effectifs. Je l'assume », a déclaré, mardi, le
président de la République.

L'Elysée a pris l'engagement que les économies ainsi générées seront
intégralement réinvesties dans la Défense, aussi bien dans les équipements
que dans les rémunérations. Pour cette raison, le budget de 2008 (30,2
milliards d'euros hors pensions) sera reconduit jusqu'en 2011, chaque année
augmenté de l'inflation et avec un bonus de 1 % à partir de 2012, dernière
année du quinquennat de Sarkozy. Sans oublier que, durant les premières
années, il faudra aussi payer la « bosse », à savoir ces investissements
repoussés d'année en année et qu'il faut bien finir par solder un jour...
Autre promesse : la discussion, d'ici quelques mois, des objectifs de deux
lois de programmation militaire successives de six ans chacune, qui nous
mèneront donc en 2020. Et pour cette longue période, la petite facture que
devra payer la France est déjà prête : 377 milliards d'euros. Dont 18
milliards d'euros par an pour les matériels. A l'Elysée, on affirme que « le
président de la République garantit aux armées une ressource annuelle non
dégradée par l'inflation ». La sagesse impose de remarquer : on verra...

Désarroi chez les militaires, accablés par les réductions d'effectifs. Pour
cet officier, « on craint de ne plus pouvoir conduire nos missions. Les
réductions sont trop fortes »... Mais à la commission du Livre blanc comme
au gouvernement et à l'Elysée, on croit dur comme fer que le nouveau «
contrat opérationnel » permettra aux armées de remplir toutes les missions
demandées par la puissance publique. Le Livre blanc anticipe qu'elles
devraient concerner un « axe stratégique majeur » allant du détroit de
Gibraltar à l'océan Indien.

L'armée de terre devra être en mesure de projeter en six mois et pour une
durée d'un an 30 000 hommes (contre 50 000 hommes jusqu'aujourd'hui) à 8 000
kilomètres du territoire national. Tout en préservant 10 000 hommes pour
Vigipirate, et une réserve permanente de 5 000 hommes. La Marine nationale
devra être capable de déployer une force navale ou aéronavale composée ou
pas du porte- avions « Charles-de-Gaulle » (pour le second porte-avions,
Nicolas Sarkozy donne rendez-vous en 2011), de deux ou trois bâtiments de
projection et de commandement, de leurs frégates d'escorte, de leur soutien
logistique (pétrolier et bâtiments-ateliers) et d'un ou deux sous-marins
nucléaires d'attaque. Quant à l'armée de l'air, elle doit être en mesure de
déployer simultanément 70 avions de combat.

Parmi les autres points forts, on retiendra que le budget des services de
renseignement passera de 350 à 700 millions d'euros par an, et qu'après la
révision constitutionnelle le Parlement sera informé des interventions à
l'étranger au plus tard dans les trois jours suivant le déploiement des
forces. Au-delà de quatre mois, tout engagement militaire devra faire
l'objet d'une autorisation par les assemblées parlementaires. Le nouveau
cadre stratégique est tracé.




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# Posté le samedi 21 juin 2008 06:04

Livre blanc de la Défense: moins de frégates à construire mais plus de satellites (anonyme ?)

Livre blanc de la Défense: moins de frégates à construire mais plus de satellites


Le Livre blanc sur la Défense, présenté mardi par Nicolas Sarkozy, se traduira pour les industriels par moins de frégates commandées au groupe naval DCNS et un probable étalement des commandes de Rafale à Dassault, mais il ouvre de nouvelles opportunités dans le spatial.

Le Livre blanc définit des priorités stratégiques mais fixe aussi des objectifs en termes de matériels: 250 chars Leclerc, 650 blindés de combat type VBCI, 300 avions de combat - Rafale et Mirage 2000-D modernisés - ou encore un total de 18 frégates de premier rang.

La conséquence de ce dernier chiffre est que le groupe DCNS, détenu à 75% par l'Etat et 25% par Thales, ne devrait recevoir commande que de 11 frégates multi-missions FREMM sur les 17 initialement prévues.

"Il y aura moins de FREMM que prévu, pas de décision sur le deuxième porte-avion avant 2012, donc à court terme tout ceux qui sont dans le naval perdent quelque chose", résume Etienne de Durand, directeur des études de sécurité à l'IFRI.

Une perte -- plus de 3 milliards pour le porte-avion et 500 millions par frégate -- d'autant plus importante que le groupe dépend encore fortement de la commande publique.

Mais il n'y aura "pas de plan social" chez DCNS, assure un porte-parole du groupe: "on va rapatrier dans nos établissements l'activité qui devait être sous-traitée".

Du côté des avions de combat, un objectif de 300 appareils en comptant des Mirage 2000-D modernisés laisse peu de place aux 294 Rafale que devait s'offrir la France.

"Le programme Rafale sera probablement un peu plus petit que prévu", commente M. de Durand.

Chez Dassault Aviation "on n'y voit pas une suppression" de certains appareils mais plutôt "un étalement du programme".

Dassault n'a pas trop de motif d'inquiétude: il réalise une bonne partie de son chiffre d'affaires (57% en 2007) avec ses avions d'affaires Falcon.

Et il vient de s'allier à Thales et l'espagnol Indra pour concurrencer EADS sur le marché des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) de surveillance, au moment où le Livre blanc en fait une priorité.

Pour les appareils de transport, les avions A400M et les hélicoptères NH-90 restent des priorités et profiteront à son fabricant EADS.

En armement terrestre, les 650 VBCI (Véhicule blindé de combat d'infanterie), sur les 700 prévus, constituent une réduction moindre que ce que pouvait craindre son fabricant, le groupe public Nexter.

"Ca semble très raisonnable", commente Jean-Patrick Baillet, directeur des opérations de Nexter.

Mais il faudra attendre pour savoir si "les cadences de production seront maintenues ou si le programme sera étalé" dans le temps, nuance-t-il.

C'est la future loi de programmation militaire (LPM), pour la période 2009-2014, qui commencera à traduire les objectifs d'équipement en crédits.

Le président s'est engagé à consacrer 200 milliards pour l'équipement des armées d'ici 2020.

Pour l'instant, "les détails ne sont pas donnés parce que les arbitrages précis seront rendus dans les mois qui viennent avec la procédure budgétaire", explique Etienne de Durand.

C'est aussi à cette occasion que pourront se traduire les ambitions affichées dans le domaine spatial. Le Livre blanc veut porter l'accent sur les satellites de renseignement et de détection des lancements de missiles.

Ces programmes coûteux profiteraient aux deux grands fabricants européens: Astrium, filiale d'EADS qui assure aussi la maîtrise d'oeuvre de la fusée Ariane 5, et Thales Alenia Space (détenu par Thales à 67% et l'italien Finmeccanica à 33%).

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# Posté le mardi 17 juin 2008 14:14

Hervé Morin : "prenons une défense d'avance" (Le Monde)


Hervé Morin : "prenons une défense d'avance"
LE MONDE | 16.06.08 | 12h32 • Mis à jour le 16.06.08 | 12h32

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J'ai la plus grande admiration pour l'armée française, en particulier la capacité d'adaptation dont elle a fait preuve dans son histoire récente, en mettant en ½uvre la professionnalisation. Mais aujourd'hui comme hier, elle se heurte à tous les conservatismes. Les responsables du ministère savent bien que la résistance au changement se situe le plus souvent à l'extérieur de l'institution militaire.



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L'histoire serait-elle un éternel recommencement ? Notre défense s'est adaptée au cours de ces dernières années, elle doit continuer à le faire. Avons-nous d'autre choix que celui de bouger, de poursuivre l'adaptation de notre outil de défense, même si tous les conservateurs nous expliquent qu'il ne faut rien changer ? Ils étaient les mêmes à s'opposer à la professionnalisation; les mêmes à considérer lors du Livre blanc de 1994 qu'il était trop tôt pour tirer les conséquences de la chute du mur de Berlin; les mêmes à estimer que l'armée de terre allait s'effondrer lorsque le général de Gaulle décida de la réduire de moitié après la guerre d'Algérie, tout en lançant résolument la dissuasion.

Pourtant, notre pays a connu il y a soixante-huit ans l'une des pires humiliations de son histoire en préparant la guerre d'avant. Nous avons été enfoncés en quelques semaines en 1940, parce que la France bâtissait la ligne Maginot tandis que depuis 1934 le général de Gaulle expliquait sans relâche qu'on se trompait de guerre et que la prochaine serait une guerre de mouvement.

Engoncé dans ses certitudes et tout en consacrant 3 % de son PIB à sa défense, notre pays a connu de terribles désillusions lorsque la guerre du Golfe a éclaté en 1991. Péniblement, l'armée de terre a pu projeter 12 000 hommes (sur un effectif total de 300 000 !) ; nos avions Jaguar étaient impuissants dès que la nuit tombait et seuls quelques hélicoptères Gazelle étaient équipés d'un système de vision nocturne !


Et que dire de notre interopérabilité limitée avec les alliés ou de notre porte-avions transformé en porte-camions pour pallier nos capacités de transports défaillantes ? La comparaison avec les Britanniques fut cruelle, et nous en avons tiré des conséquences – la professionnalisation en était une, comme l'effort sur les moyens de projection.

Il ne faudrait pas bouger, alors que nos contrats opérationnels – c'est-à-dire ce que l'armée française doit être en mesure d'engager à la demande du président de la République – sont à la fois inatteignables et que leur pertinence est sujette à caution ? Quel est le sens d'un contrat qui demande à l'armée de terre de projeter 50 000 hommes en un an sur un théâtre centre-européen ? Contre qui ? Le pacte de Varsovie a disparu, et l'OTAN va jusqu'aux portes de la Russie; aucun Etat menaçant n'est susceptible d'envahir le territoire français.

Peut-on parler de dégradation quand le contrat opérationnel, arbitré par le président de la République pour l'armée de terre, prévoit une capacité de projeter 30 000 hommes en six mois – donc avec plus de réactivité – sur un arc de crise allant de la Mauritanie à l'Afghanistan ? Rappelons-nous que, depuis Suez, nous n'avons jamais projeté 30 000 hommes hors de France et que nous n'envisageons une intervention majeure qu'au sein de l'Alliance ou en coalition.


60 % DES RESSOURCES HUMAINES CONSACRÉES À L'ADMINISTRATION ET AU SOUTIEN

Si on y ajoute, dans le même contrat, une capacité supplémentaire de projeter 5 000 hommes sur un autre théâtre et celle de déployer 10 000 hommes sur le théâtre national au titre de la défense du territoire, faut-il avoir peur d'un déclassement militaire ? Certainement pas, lorsque nous affirmons dans le même temps notre capacité d'être une nation cadre dans une opération et d'entrer en premier sur un théâtre majeur.

Il ne faudrait pas bouger, alors que – même si les comparaisons sont toujours difficiles à effectuer – 60 % de nos ressources humaines sont consacrées à l'administration générale et au soutien, certes nécessaires, et 40 % aux forces opérationnelles ? Nos amis britanniques, dont l'armée est la seule à laquelle nous puissions nous comparer, ont un ratio au moins inverse : 60 % pour l'opérationnel, 40 % pour l'administration générale et le soutien.

Avec la professionnalisation, l'armée française a accompli un immense effort sur ses forces opérationnelles; il lui faut désormais faire ce même effort sur la structure, encore trop organisée selon des schémas hérités du XXe siècle, où l'on duplique encore trop les mêmes fonctions dans chaque armée.

Il ne faudrait pas bouger, alors que nos implantations militaires, trop dispersées, se situent sur plus de 450 communes, que leur éparpillement génère un coût de soutien considérable et que leur lieu de stationnement est parfois très éloigné de leur lieu d'exercice ? Il ne faudrait pas bouger alors qu'un conducteur de char dispose aujourd'hui d'un potentiel de 2 heures par semaine, 10 heures par mois, 120 heures par an; et que 120 d'entre eux sont "sous cocon" ?


Oui, vous avez bien lu, dans un régiment de chars Leclerc, on met le moteur en route deux heures par semaine en moyenne. Les simulateurs ne répondent pas à tout pour former un équipage ! Difficile, dès lors, de fidéliser nos militaires dans les régiments de chars !


Il ne faudrait pas bouger, alors que nous avons besoin de dégager des marges de man½uvre pour l'équipement de nos forces, dont la totalité des programmes lancés à juste titre par le président Chirac, sont en cours de renouvellement. Certains de nos équipements sont usés jusqu'à la corde – hélicoptères Puma, avions Transall... –, nos bateaux ont près de 21 ans d'âge en moyenne et il nous faudra 2 milliards d'euros supplémentaires pour financer les livraisons à venir.

Il nous aurait fallu la bagatelle de 5 milliards d'euros supplémentaires à partir de 2011 si nous avions laissé les choses en l'état ! Qui peut croire un seul instant que nos concitoyens soient prêts à accepter que la totalité des ressources budgétaires nouvelles du pays liées à la croissance soient affectées à notre défense, alors que les besoins du pays sont énormes dans tous les secteurs ?





Oui, il nous faut continuer à adapter notre défense au monde qui bouge. Le monde change très vite; notre outil militaire doit s'adapter à la globalisation et aux nouvelles menaces. C'est une évidence qu'il nous faut sans cesse rappeler. Nous avons besoin de favoriser l'infanterie, l'aéromobilité avec les hélicoptères de transport et la protection du soldat, notamment en zone urbaine grâce au Véhicule blindé de combat d'infanterie (VBCI).



BOUGER, S'ADAPTER, C'EST LE PRIX À PAYER

Nous avons besoin de plus de moyens d'observation pour anticiper les crises et connaître précisément les menaces; nous avons besoin de moyens de renseignement pour lutter contre le terrorisme, qui étrangement rend le c½ur de nos cités beaucoup plus vulnérable que du temps de la guerre froide. Nous avons besoin de nous prémunir contre les cyberattaques qui pourraient désorganiser le système informatique de notre pays, et par là des installations vitales comme nos hôpitaux.


Nous avons besoin d'adapter notre système de dissuasion à l'évolution des centres de gravité du monde, au risque – tangible – de la prolifération nucléaire de pays qui peuvent dans quelques années disposer d'armes nucléaires, certes rustiques, mais néanmoins bien réelles !


Bouger, s'adapter, c'est le prix à payer; c'est le prix à payer pour le personnel de la défense qui a le sentiment d'avoir déjà beaucoup donné par rapport aux autres administrations. Mais c'est le prix à payer pour rester crédible. Un outil militaire qui ne s'adapte pas en permanence est un outil qui est menacé de ne pas répondre le jour venu à une crise majeure qui surviendrait. Ce serait d'ailleurs dommage de ne pas le faire, tant la qualité des femmes et des hommes qui servent notre défense est exceptionnelle, tant elle est reconnue dans le monde entier.

Nous le leur devons. Et c'est parce qu'ils sont meilleurs que les autres, que nous réussissons l'exploit de faire encore très bonne figure; mais ce que je sais au plus profond de moi-même, c'est que, si nous ne bougeons pas, nous courons le risque de graves désillusions dans dix ou quinze ans, alors que nous consacrons 37milliards d'euros à notre défense.

C'est un effort important pour la nation tout entière, environ 2 % de notre richesse nationale, d'autant que la décision du chef de l'Etat de laisser à la défense la totalité des économies qu'elle saura générer est une dérogation par rapport à toutes les administrations et nous met ainsi au rang des priorités gouvernementales. Par ce double arbitrage – ambition renouvelée, moyens consacrés à notre défense –, le président de la République a mis la défense au rang des priorités.

Les Français sont en droit d'attendre de nos armées l'assurance-vie et la protection que nous devons leur garantir. Cette responsabilité, nous l'assumons : nous construisons la défense de demain, nous préparons l'avenir de nos enfants. La France doit avoir une défense d'avance.


Hervé Morin, Ministre de la défense
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# Posté le lundi 16 juin 2008 16:29

Le chef de l'Etat veut rassurer les militaires (Le Monde)

Attendu avec appréhension par une institution militaire qui anticipe des économies drastiques en matière d'effectifs et d'équipements, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale devait être présenté mardi matin 17 juin par Nicolas Sarkozy. Sa vocation est de définir les grandes priorités de la politique de défense de la France pour une quinzaine d'années.


Le chef de l'Etat veut rassurer les militaires
Nicolas Sarkozy s'exprime mardi 17 juin devant plus de 3 000 militaires rassemblés à la porte de Versailles. Il se rend dans l'après-midi sur la base aérienne 110 de Creil (Oise), où il visitera les installations de la direction du renseignement militaire (DRM). Il a adressé, le 30 mai, une lettre personnelle aux 320 000 militaires et personnels de la défense, assurant que"les économies dégagées seront intégralement réinvesties dans la défense".


Parmi les cinq fonctions autour desquelles s'articule le Livre blanc, celle qui concerne la "connaissance et l'anticipation", c'est-à-dire toutes les fonctions du renseignement, bénéficie d'une nette priorité, avec à terme un doublement des crédits qui lui sont consacrés. Il s'agira à bien des égards d'un rattrapage, les "services" français accusant un net retard par rapport à leurs homologues britanniques et allemands.

"Historiquement, rappelle le général Michel Masson, directeur de la DRM, le renseignement n'a jamais été considéré, en France, comme une fonction majeure dans les armées." Selon les chiffres des rapports parlementaires, en 2008, les effectifs des principaux services français chargés du renseignement atteignent 9 500 postes (1 680 postes pour la DRM) pour un budget officiel de 744 millions d'euros.

A périmètre comparable (sans le renseignement intérieur ni les renseignements douanier et financier), les effectifs sont de 16 500 personnes (dont 3 750 pour le renseignement militaire) en Allemagne, et de 13 400 en Grande-Bretagne (dont 4 200 pour le renseignement militaire), avec un budget britannique de 3,31 milliards d'euros. L'espace va profiter de cet effort en faveur du renseignement, avec un doublement des crédits, au profit de capacités de détection et d'alerte avancée (satellites d'imagerie et d'écoute électromagnétique), des radars et des drones.

Une nouvelle fonction de coordinateur national du renseignement (poste confié à Bernard Bajolet, actuel ambassadeur de France en Algérie) sera créée auprès du chef de l'Etat, avec un Conseil national du renseignement réunissant les ministres intéressés, et un Conseil de défense et de sécurité nationale.


Les quatre autres fonctions du Livre blanc sont plus classiques : la prévention, la dissuasion, la protection et l'intervention. Entourée d'un luxe de précautions (son contenu était considéré "confidentiel défense"), la publication du Livre blanc a été précédée d'indiscrétions, et surtout d'une série d'initiatives présidentielles qui ont partiellement défloré son contenu.

"LE RETOUR DE LA FRANCE DANS L'OTAN CONSTITUE L'OBJECTIF UNIQUE DE SARKOZY"

Parmi celles-ci, le discours de M. Sarkozy sur la dissuasion nucléaire à Cherbourg, le 21 mars, la perspective de plus en plus avérée d'une réintégration de la France dans la structure militaire intégrée de l'OTAN, la création d'une base française à Abu Dhabi, la remise à plat des accords de défense et des implantations en Afrique, le renforcement de la présence militaire en Afghanistan, la politique spatiale, la vaste réorganisation de la carte militaire en France avec de nombreuses fermetures de régiments et une réduction des effectifs qui devrait concerner 54 000 hommes et femmes.

Les travaux de la commission du Livre blanc ont été émaillés de la démission des deux parlementaires du Parti socialiste. Lundi 16 juin, les spécialistes des questions de défense du PS devaient se livrer à une critique en règle des conclusions du Livre blanc. Ainsi, pour Paul Quilès et Louis Gautier, il est tout d'abord regrettable que cette initiative "n'ait pas été réalisée d'emblée dans un cadre européen". Ils estiment que la Commission s'est révélée être "une opération téléguidée par Nicolas Sarkozy", "les véritables décisions étant prises à l'Elysée".

La revue générale des politiques publiques (RGPP), soulignent-ils, "en supprimant garnisons et emplois, façonnera de fait notre nouveau modèle d'armée et influera de manière bien plus décisive que le Livre blanc sur le futur de nos armées. Le gouvernement a inversé la logique de travail, les conclusions du Livre blanc venant finalement confirmer et justifier les décisions de la RGPP".


Paul Quilès et Louis Gautier estiment que le "retour de la France dans l'OTAN constitue l'objectif unique mais également l'erreur principale", Nicolas Sarkozy "ayant fait le choix de s'aligner sur une administration Bush finissante, contre la perspective de créer une Europe de la défense".

Ils insistent enfin sur le fait que le Livre blanc ne propose "ni plus de moyens, ni plus de cohérence, ni plus de visibilité". Cette absence d'analyses conduit selon eux la Commission à envisager des réponses "trop sécuritaires et militaires".


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# Posté le lundi 16 juin 2008 16:27